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D’après Didier-Georges Gabily
Conçu par Agnès Adam

Avec Marion Delplancke et Laura De Lagillardaie
Direction artistique Anatoli Vassiliev
Lumière Dorothée Tournour
Son Pierre Geffard
Scénographie Anne-Gaëlle Champagne

Ecriture scénique autour d’un fragment de Chimère et autres bestioles de Didier Georges Gabily.
Afin d’arpenter la totalité de l’œuvre j’ai dans un premier temps convoqué une équipe artistique de cinq personnes acteurs et metteurs en scène: Yves Beauget- Maitre, Sylvain Quichard- Servant, Marion Delplancke-Gamine, Laura De Lagillardaie - Femme et moi-même dans La Vieille.
Il m’est apparu par la suite nécessaire de m’éclairer sur le rôle des femmes dans la mise en place du dispositif chimérique, c’est pourquoi j’ai recentré le travail sur les deux figures : Gamine et Femme.
Comme dans le tableau de Klimt : Les trois âges de la femme, Chimère est traversée par ces trois personnages incarnant les différentes facettes de la féminité. Il y a « femme », et ses mamelles de chèvre, elle en connaît des choses sur le monde, les hommes et la mécanique du désir ; il y a ce viol de l’origine qui la lie cruellement à sa fille.
Et il y a l’innommable, comme ce fantôme en arrière plan du tableau de Klimt, « la vieille » qui n’a plus d’âge et n’arrive qu’à la fin pour le grand festin avec son cohorte de mystères enfouis, de crimes déterrés, de pulsions ancestrales.

• Jouer entre les lignes / B. Tackels / Revue Mouvement (2007)

 
     
       
 
 

Ces figures hantent un terrain vague en temps de guerre. Elles rôdent, chasseresses jouant à être proies autour du campement d’un Don Juan décadent qui n’arrive plus à bander et de son Sganarelle fantasque  qui rêve de voyage.

Le matériel textuel de Gabily est une terre en friche, un terrain d’épandage; le sens y suinte comme une source souterraine, il se glisse, se faufile et contamine par capillarité plusieurs strates d’histoire. De l’histoire contemporaine, champs de bataille  au cœur de la guerre des Balkans on glisse à l’Histoire millénaire celle des mythes qui traversent les âges de l’Humanité.

C’est en réinventant le texte par l’improvisation, en remettant en chantier l’écriture de Gabily que l’on a emprunté le chemin à l’envers pour partir à la découverte des impulsions premières du poète. Et comme  lorsqu’on tente d’arracher une touffe de mauvaise herbe et  qu’un bloc de terre vous reste entre les mains, notre exploration du texte s’est faite en profondeur par une série d’études ouvrant un champ d’investigation qui a dépassé les bornes de cette pièce, débordant vers d’autres auteurs de  Sade à Molière en passant par les bacchantes.

  Gabily nous sert d’éclaireur pour partir sur les traces de certains mythes enfouis. Cet espace institué par le geste de deux actrices est celui de la répétition, du lieu à défaire plutôt qu’à faire, du jeu ludique autour de ces deux figures du désir, celui du piège tendu par elles pour se défendre de la violence qui leur est faite.

Ce 1er geste autour de Chimère nous a fait entrevoir ce qui préside au déchaînement de la violence dans l’histoire.
La pièce se termine sur un banquet anthropophagique et par la menace de deux meurtres : celui du soldat Bellérophon qui dans la mythologie tua la Chimère et celui de l’enfant à naître dans le ventre de femme.
S’agit-il de la mise en place d’un dispositif sacrificiel ?

Dans le projet d’une mise en scène de l’œuvre il faudrait s’interroger sur les nouvelles formes émergeantes de la violence et dans cet horizon ce qu’il en est des dispositifs sacrificiels.

Agnès Adam et Marion Delpancke


Soirées Mises en scène, ENSATT, Lyon/Festival d'Avignon, ISTS, 2007-2008